Pense-bête


Anatomie échographique du Pancréas


Points essentiels

• Le lobe droit du pancréas, ventral au rein droit, longe dorso-médialement le duodénum descendant auquel il est adhérent.
• Le lobe gauche prend son origine au corps du pancréas et longe la grande courbure de l’estomac.
• Le corps du pancréas se situe ventralement à la veine porte, dorso-caudalement au pylore et cranio-médialement au rein droit.
•• La majorité des chats (80 %) possède un seul et unique conduit pancréatique, le conduit pancréatique principal.
Il se jette, avec le conduit cholédoque, au niveau de la papille duodénale majeure.
•• Le duodénum descendant constitue un repère anatomique essentiel à l'identification du lobe droit du pancréas. La veine porte sert de repère pour mettre en évidence le corps. La veine splénique et le côlon descendant peuvent être utilisés pour visualiser le lobe gauche.
•• Le lobe droit est plus facile a visualiser chez le chien. Chez le chat, il s'agit du lobe gauche et du corps du pancréas.
•• Chez le chat et le chien de format moyen, le pancréas normal ne dépasse pas 10 mm d'épaisseur.
• • La veine pancréatico-duodénale chez le chien et le conduit pancréatique chez le chat apparaissent au sein du pancréas comme des structures tubulaires anéchogènes.
• • Chez le chat, le diamètre du conduit pancréatique augmente avec l'âge.



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1. RAPPELS ANATOMIQUES

Le pancréas est divisé en trois parties :
• le lobe gauche,
• le corps
• et le lobe droit.

Le lobe droit, ventral au rein droit, longe dorso-médialement le duodénum descendant auquel il est adhérent (Figure 9.1, Photo 9.1).

Le lobe gauche prend son origine au corps du pancréas et longe la grande courbure de l'estomac. Il s'étend ainsi dorsocaudalement à l'estomac, dorso-crânialement au côlon tranverse et médialement à la rate (Photo 9.2). L’angle formé par ces deux lobes est d'environ 45° chez le chien ; il est plus aigu chez le chat. Cette différence s'expliquerait par l'incisure angulaire stomacale plus accusée chez ce dernier.

Le corps du pancréas est situé entre le lobe gauche et le lobe droit. Il repose dans le cadran droit de l'abdomen chez le chien et dans le plan médian chez le chat. Il se situe ventralement à la veine porte, dorso-caudalement au pylore et cranio-médialement au rein droit. Le corps du pancréas est en regard de l'inflexion proximale du duodénum descendant (courbure crâniale duodénale)(Photo 9.3)[7].

Plusieurs conduits pancréatiques interlobulaires s'unissent pour former un conduit pancréatique commun.
Le chien compte deux conduits pancréatiques : le conduit pancréatique principal, qui rejoint le duodénum via la papille duodénale majeure, et le conduit pancréatique accessoire, qui rejoint le duodénum via la papille duodénale mineure. Le second assure l'essentiel des sécrétions pancréatiques.

La majorité des chats (80%) possèdent un seul et unique conduit pancréatique, le conduit pancréatique principal. Il se jette, avec le conduit cholédoque, au niveau de la papille duodénale majeure. Cette dernière se situe sur le bord dorsal du duodénum, à 3 cm environ du pylore. Vingt pour cent des chats possèdent un conduit pancréatique accessoire (CPA) qui regagne la papille duodénale mineure, à 2 cm environ de la papille duodénale majeure [2].

La vascularisation artérielle du pancréas provient des rameaux de l'artère cœliaque et de l'artère mésentérique crâniale [2]. L’artère splénique, issue du tronc coeliaque, irrigue la portion terminale du lobe gauche. Les rameaux de l'artère hépatique, en particulier l'artère gastro-duodénale, desservent le corps du pancréas. Les artères pancréatico-duodénales crâniale et caudale parcourent essentiellement le lobe droit. L’artère pancréatico-duodénale crâniale constitue l'un des rameaux terminaux de l'artère coeliaque (via l'artère hépatique), alors que l'artère pancréatico-duodénale caudale est issue de l'artère mésentérique crâniale. Parallèlement à la vascularisation artérielle, le réseau veineux pancréatique repose essentiellement sur les veines pancréatico-duodénales crâniale et caudale. Ces dernières drainent principalement le lobe droit avant de regagner le système porte. La veine pancréatico-duodénale crâniale collecte également le sang veineux issu d'une partie du lobe gauche. Chez le chien, les artères et veines pancréatico-duodénales parcourent le parenchyme pancréatique du lobe droit de manière rectiligne.

Le drainage lymphatique du pancréas est assuré par les nœœuds lymphatiques pancréatico-duodénaux, spléniques, hépatiques et mésentériques.
2. TECHNIQUE D'EXPLORATION

Rappelons l'intérêt de
l'abord intercostal droit pour explorer le début du lobe droit et le corps du pancréas, situés crânialement dans l'abdomen [1]. Pour ce faire, l'animal peut être positionné en fin d'examen en décubitus latéral gauche ou debout. Le décubitus latéral droit peut aussi être envisagé pour une meilleure exploration du lobe gauche.

Le manipulateur parcourt l'abdomen afin d'explorer en totalité les trois parties du pancréas (lobe droit, corps du pancréas et lobe gauche), selon des plans de coupe longitudinaux et transversaux. Le pancréas est un organe de la cavité abdominale réputé difficile à échographier en raison de ses rapports anatomiques étroits avec le tube digestif et d'une échogénicité proche des organes et structures environnants. Une étude récente réalisée chez le chien montre que le lobe droit, le lobe gauche et le corps sont visibles dans respectivement 99, 88 et 64% des cas [9]. Chez le chat, le lobe gauche et le corps du pancréas sont plus facilement imagés que le lobe droit (plus fin).

Plusieurs techniques sont envisageables pour identifier le pancréas. Elles consistent à
le repérer soit à l'aide des organes environnants, soit en s'aidant de repères vasculaires précis [7]. Quelle que soit la technique utilisée, son efficacité repose sur la bonne connaissance de l'anatomie et sur la capacité du manipulateur à repérer les différentes structures organiques ou vasculaires de référence.


2.1. Repérage du lobe droit du pancréas

Le lobe droit est attenant au duodénum descendant. Ce dernier constitue donc un repère anatomique essentiel à l'identification du lobe droit du pancréas.

Le
duodénum descendant est mis en évidence au moyen de trois techniques :
• La première est
fondée sur l'identification du rein droit. Le manipulateur part d'une coupe longitudinale de celui-ci, réalisée dans la région de la dernière côte à droite. Le plan de coupe est ensuite tourné de 90° dans le sens inverse des aiguilles d'une montre et la pression relâchée le duodénum descendant apparaît ventralement et latéralement au rein droit en coupe transversale chez le chien (il est médial au rein droit chez le chat). Le pancréas est alors visible, en coupe transversale, dorsalement et médialement au duodénum descendant ainsi repéré (Photo 9.4).

• La seconde technique consiste à partir de l'
estomac. Le manipulateur oriente sa sonde selon un axe longitudinal vers l'avant de l'animal pour trouver l'estomac sous le cercle de l'hypochondre. Il s'agit alors de faire évoluer lentement la sonde vers la droite de l'animal, de l'antre pylorique vers le pylore, puis de suivre la courbure crâniale du duodénum descendant pour, enfin, dérouler le duodénum descendant selon un axe longitudinal. Une fois le duodénum descendant identifié, il suffit de positionner le faisceau ultrasonore dorso-médialement à celui-ci pour mettre en évidence le lobe droit du pancréas. Ce dernier est examiné sur toute sa longueur en suivant le duodénum descendant jusqu'à sa courbure distale.

• Le manipulateur peut aussi
chercher directement le duodénum en coupe longitudinale, en prenant le soin de ne pas exercer une pression trop importante sur l'abdomen afin qu'il ne «s'échappe» pas. Chez le chien, le duodénum descendant chemine le long de la paroi abdominale droite, ventralement et latéralement au rein droit. Chez le chat, il chemine ventralement et médialement au rein droit. Une fois le duodénum bien identifié et «fixé» en coupe longitudinale, le manipulateur oriente son faisceau ultrasonore dorso-médialement pour visualiser le pancréas. Ce dernier apparaît alors en coupe longitudinale. Le duodénum sert de repère anatomique et de « fenêtre » échographique pour imager le lobe droit du pancréas (Photo 9.5).


2.2. Repérage du corps du pancréas

Le corps du pancréas est repéré
dorsalement à la courbure crâniale du duodénum descendant. Il peut également être visualisé dans cette région ventralement à la veine porte, dans la partie crâniale de l'abdomen.


2.3. Repérage du lobe gauche du pancréas

Le lobe gauche du pancréas est situé
dans le triangle formé par le bord caudal de l'estomac, la partie crâniale et ventrale du rein gauche, et le bord médial de la rate. Le côlon transverse peut parfois être visible caudo-ventralement au lobe gauche.

Plusieurs techniques sont utilisables pour identifier le lobe gauche du pancréas:
• La première
utilise la veine splénique comme repère anatomique. Le manipulateur la suit et se dirige dorsalement vers la veine porte. À son croisement avec la grande courbure de l'estomac, une orientation médiale du faisceau ultrasonore permet de visualiser le lobe gauche du pancréas.

• Le manipulateur peut également
utiliser les bords caudal de la grande courbure de l'estomac et crânial du côlon transverse comme repères anatomiques. Il positionne le faisceau ultrasonore en regard de ces deux repères : le lobe gauche du pancréas est situé dorso-caudalement à l'estomac et cranio-dorsalement au côlon. Une petite pression sur l'abdomen permet d'« écarter » l'estomac et le côlon l'un de l'autre. Le lobe gauche du pancréas apparaît alors en coupe transversale (Photo 9.6).
3. ECHO-ANATOMIE

3.1. Taille

La taille du pancréas diffère selon les
chiens : sa largeur varie entre 1 et 3 cm et son épaisseur atteint en moyenne 1 cm chez les races moyennes (15-30 kg} [4]. L’étude de Penninck et al. [8] montre que l'épaisseur du pancréas est corrélée au poids du chien (Tableau 9.1). Chez le chat, le lobe droit est la partie du pancréas la moins facile à observer compte tenu de sa petite taille. Son épaisseur moyenne est de 4,5 mm (de 2,8 à 5,9 mm) [2]. Le corps du pancréas atteint de 3,5 à 8,5 mm d'épaisseur (épaisseur moyenne de 5,6 mm} et le lobe gauche mesure de 2,6 à 9,5 mm d'épaisseur (épaisseur moyenne de 5,4 mm) [6].


3.2. Forme

Chez le chien, le lobe droit, plus facile à visualiser que chez le chat, adopte une forme triangulaire en coupe transversale et rectiligne allongée à contours réguliers en coupe longitudinale.

Chez le chat, la portion terminale du lobe droit (soit le tiers distal) s'incurve crânialement et médialement prenant alors une forme de crochet [2]. L’extrémité distale du lobe gauche peut également paraître incurvée crânialement et médialement dans la région du rein gauche.


3.3. Aspect échographique

De manière générale, le parenchyme pancréatique normal est dit homogène [3]. Néanmoins, Granger et al. [3] le décrivent aussi fréquemment hétérogène chez des chiens normaux (prévalence de 40%). Le tissu pancréatique normal est isoéchogène à légèrement hypoéchogène par rapport à la graisse mésentérique environnante, et isoéchogène à légèrement hyperéchogène par rapport au lobe caudé du foie [3, 8] (Photo 9.7).

L'homogénéité ainsi que l'échogénicité du tissu pancréatique, proche de celui des structures environnantes, lui confèrent des
marges parfois difficiles à distinguer.


3.4. Particularités d'espèce

Le manipulateur visualise plus facilement le lobe droit chez le chien, le corps et le lobe gauche chez le chat [8, 9]. Dans les deux espèces, des structures tubulaires (en coupe sagittale) anéchogènes sont visibles au sein du parenchyme pancréatique.

Chez le chien, la structure tubulaire (en coupe sagittale) anéchogène, visible au sein du parenchyme pancréatique, est la veine pancréatico-duodénale. Elle est particulièrement identifiable et constitue un repère précieux pour la localisation du pancréas. Elle parcourt le lobe droit du pancréas de manière rectiligne et parallèle au duodénum descendant, et peut être soulignée en mode Doppler couleur (Photo 9.8).

Son diamètre oscille entre 2 et 3 mm. De temps en temps, l'artère pancréatico-duodénale, dont le diamètre est plus réduit que sa veine satellite, peut aussi être mise en évidence (Photo 9.9).

Penninck et
al. [9] montrent que le conduit pancréatique est parfois visible chez le chien normal, surtout au sein du lobe droit (Photos 9. 10a, 9. 10b). Le diamètre moyen du conduit pancréatique est de 0,8 mm chez les races de moyen format (de 0,1 à 1,2 mm tous formats confondus).

Chez le chien, ni l'épaisseur du pancréas ni le diamètre du conduit pancréatique n'évoluent avec l'âge [9]. En revanche, l'échostructure pancréatique pourrait varier avec le vieillissement (comme chez l'homme), l’étude de Penninck et al. [9] établit une corrélation positive entre l’âge et l'augmentation de l'échogénicité : plus de 8% des chiens, tous âgés de 12 à 14 ans, ont une échostructure non homogène ou des foyers hyperéchogènes (Photo 9.11). L’étude de Granger et al. [3] est contradictoire : l'âge ne favoriserait pas l'hyperéchogénicité du parenchyme pancréatique chez le chien normal. Des études complémentaires sont donc nécessaires pour conclure.

Chez le chat, la structure tubulaire anéchogène observée au sein du pancréas correspond au conduit pancréatique principal. Ce conduit est délimité par des parois hyperechogènes et est vide de signal Doppler (Photo 9.12). Sa position centrale, caractéristique de l'espèce féline, permet d'identifier les marges du pancréas facilement confondues avec la graisse mésentérique environnante. Le diamètre maximal du conduit pancréatique chez le chat sain est de 2,5 mm, avec une moyenne de 1,1 mm [4, 6]. Contrairement à l'échogénicité et à l'épaisseur du pancréas qui restent inchangées, le diamètre du conduit pancréatique augmente avec l'âge du chat (Photo 9.13) [5, 6].