Pense-bête

Dirofilariose cardiaque (Dirofilaria immitis)

Helmiünthose du chien et parfois du chat, due aux migrations et au développement dans les artères pulmonaires puis le coeur droit de Dirofilaria immitis. Cette filaire est transmise obligatoirement par de moustiques vecteurs biologiques (Culicidae).

On la rencontre dans la plupart des régions tropicales où les populations de vecteurs sont abondantes. En France elle est très fréquente dans la plupart des DOM-TOM; en métropole, le parasite peut être rencontré dans diverses régions du Sud, notamment le pourtour méditerranéen, où la dirofilariose cardiaque est cependant moins fréquente que la filariose sous-cutanée à Dirofilaria repens.

Symptômes

Symptômes observés essentiellement en cas :
–– d'infestation massive, sachant que les formes immatures sont localisées dans les artères pulmonaires et que les adultes vivent dans le ventricule droit;
–– de baisse d'état, fatigabilité;
–– de dyspnée,
–– de toux.

Symptômes cardiaques inconstants:
–– Insuffisance cardiaque droite avec souffle tricuspidien,
–– Épanchement abdominal.

Symptômes nerveux:
–– Crises convulsives,
–– Parésie,
–– voire Paraplégie (microembolisation).

Symptômes cutanés (rares):
–– Lésions érythémateuses des régions à peau fine, en particulier la base des oreilles,
–– Nodules,
–– Nécroses.

Syndrome de la veine cave:
Il s'agit d'un syndrome hémolytique suraigu, très rapidement mortel (48 à 72 heures) avec une hémoglobulinurie majeure et un état de collapsus cardiovasculaire. il est dû, lors d'infestation majeure, à la présence massive de parasites dans la veine cave et aux perturbations hémodynamique qui en résultent.

Diagnostic

Clinique de suspicion:
–– Origine de l'animal malade (il faut au moins six mois avant que les vers adultes ne soient formés dans le coeur ; ensuite ils peuvent persister plusieurs années).
–– Association ou non de troubles:
––––– Troubles cardiaques (souffle),
––––– Troubles nerveux,
––––– Troubles cutanés.

Radiographie d'orientation:
–– Elargissement de l'artère pulmonaire.
–– Ramifications tortueuses avec brusques rétrécissements.
–– Densifications alvéolaires.
–– Dilatation du coeur droit.

Echocardiographie:
–– Dilatation de l'artère pulmonaire avec parfois images en "coups d'ongle" des filaires.

Examens de laboratoires de confirmation:
–– Mise en évidence et identification des microfilaires sanguicoles :
–––––– 220 à 340 µm/5 à 7 µm.
–––––– sans gaine.
–––––– espace clair céphalique plutôt rectangulaire.
N.B.:
–––––– Pas de relation entre le nombre de microfilaires et la gravité de la maladie.
–––––– La probabilité de mise en évidence des microfilaires est plus élevé le soir (périodicité).
–––––– ne pas confondre avec D. repens (espace clair céphalique carré) plus fréquente en France métropolitaine.

–– Examen direct du sang frais entre lame et lamelle (simple dépistage mais pas de diagnostic d'espèce).

–– Etalement de sang ou goutte épaisse colorés au May-Grünwald-Giemsa : diagnose précise mais longue.

–– Méthode d'enrichissement de Knott :
––––––– Mélanger 1 ml de sang et 10 ml d'eau formolée à 2 %,
––––––– Centrifuger à 1 500 tours/min durant 5 minutes.
––––––– Reprendre le culot avec un volume égal de solution aqueuse de bleu de méthylène à 1 %.
––––––– Examiner entre lame et lamelle permettant l'identification (Test de filtration : Difiltest EVSCO™, Pharmaceutical Corporation, Oceanside, New York 11572).

–– Seules les colorations histochimiques permettent une identification certaine.
–– Cependant dans 20 à 40 % des cas, la dirofilariose peut être occulte, c'est-à-dire sans présence de microfilaires circulantes.

Sérologie :
–– Recherche d'AC circulants (méthodes ayant perdu de leur intérêt).

–– Recherche d'antigènes d'adultes:
––––– CITE™. Dirofilariose, bonne spécificité, sensibilité d l'ordre de 6 filaires adultes.
––––– PETCHEK (épreuve en microcapsules). Sensibilité de l'ordre de 1 ou 2 adultes.
––––– VELCRED. Anticorps monoclonal avec hémagglutination utilisant les globules rouges du chien (test positif avec présence d'un seul adulte).

Le diagnostic repose essentiellement sur la clinique:
–– Animal séjournant ou ayant séjourné en zone infestée (même plusieurs années auparavant).
–– Signes évidents d'hypertension pulmonaire,
–– Syndrome de la veine cave (infestation massive).

Un bilan pré-thérapeutique doit être effectué:
–– Examen radiographique du thorax (face et profil) à la recherche de signes d'artérite.
–– Évaluation de l'état :
–––– sanguin (NF, Taux d'hémoglobine, numérisation des plaquettes).
–––– rénal (taux sanguins d'urée, créatinine, protides).
–––– hépatique (SGPT, phosphatase alcaline, bilirubinurie).

Pronostic

–– Bon pour les infestations paucisymptomatiques.
–– Réservé dans e cas des maladies avec infestation massive
–– Très sombre dans le cas du syndrome de la veine cave.

Traitement

Son indication dépend de l'état du sujet parasité et de son mode de vie (chiens soumis à des efforts).

Adulticide :
–– Thiacétarsamide de sodium (Caparsolate™): non commercialisé en France. 2 mg/kg/j par voie veineuse stricte, 4 fois à 12 heures d'intervalle.
–– Mélarsamine (RM 340™): deux injections IM à la dose de 2,5 mg/kg à 24 heures d'intervalle pour les animaux très atteints (s'ils sont trop gravement malades – infestation massive, atteinte rénale, état de choc – différer la 2e injection d'un mois) ou bien deux injections IM à la dose de 2,2/kg à 3 heures d'intervalle pour les animaux moins touchés.
–– Lévimasole (Némisol™): administrer à doses croissantes progressives pour atteindre 10 mg/kg matin et soir à maintenir 2 semaines (parfois intolérances)
–– La lyse des adultes peut entraîner des lésions pulmonaires et des accidents immunopathologiques d'où la nécessité d'un repos absolu des animaux pendant au moins 2 semaines et le conseil d'administrer de l'acide acétylsalicylique (10 mg/kg/j.) avant le traitement et pendant 2 à 3 semaines au-delà.

Microfilaricide :
(à instaurer impérativement un mois après un traitement adulticide, car les microfilaires peuvent survivre jusqu'à 18 mois dans les capillaires) :
–– Lévimasole (Némisol™): 7-10 mg/kg/j pendant 10 à 15 jours par voie buccale ou sous-cutanée.
–– Ivermectine (Cardomec™): 50 µg/kg per os.
N.B./ cette utilisation n'entre pas dans le cadre de l'A.M.M. ("prévention de la dirofilariose cardiaque") qui se réfère à la dose de 6 µg/kg à laquelle il n'y a élimination que des larves L3 et L4 en localisation tissulaire après piqûre de moustique.

Prévention

–– Dépistage des chiens exposés.
–– Lutte contre les moustiques vecteurs.
–– Chimioprévention (sur les animaux non porteurs de microfilaires) par de l'ivermectine (Cardomec™): 6 µg/kg une fois par mois (commencer dans le mois qui suit l'exposition et poursuivre un mois après l'arrêt du risque d'infestation).